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La situation des banques européennes :

Les banques européennes, françaises notamment, ont prêté des montants élevés aux états européens pour financer leur endettement public.

Ces prêts ont très longtemps été considérés comme sans risque, un état ne pouvant « faire faillite » ; c’est la raison pour laquelle les dettes des états étaient notées AAA (triple A) par les agences de notation, c’est-à-dire la meilleure note pour des dettes certaines d’être remboursées).

Or il s’est développé une inquiétude légitime quant à la capacité de certains états européens de rembourser l’intégralité de leurs dettes, notamment la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Espagne.

Plus personne ne veut prêter d’argent à la Grèce aujourd’hui, sauf à des taux exorbitants (65% de taux d’intérêt début octobre pour un prêt à 2 ans).

 Quelles conséquences ?

Si cette incapacité de certains états à rembourser leurs dettes se confirmait, les banques devraient constater en perte le montant des prêts non remboursés.

Ces pertes, si elles s’avéraient trop élevées, mettraient en risque l’existence même des banques, qui se verraient dans l’incapacité de rembourser leurs propres prêteurs :

C’est le risque de solvabilité.

 La perspective de ce risque crée de la méfiance vis-à-vis des banques: de la méfiance entre les banques, et de la méfiance de la part de leurs propres prêteurs ; cette méfiance crée un 2ème risque, le risque sur la liquidité.

 Evaluation des conséquences :

Un 1er calcul de l’été 2011 a estimé que 21% de la dette grecque ne pourrait être remboursé ; les estimations de début octobre l’évaluent désormais à 50%, soit 100 Mds.

Les discussions au sein de l’Union Européenne excluent pour l’instant le risque de non remboursement des dettes d’autres pays européens, pourtant très endettés, à fort déficit et faible croissance.

 Face à ce risque et dans l’immédiat la confiance dans les banques se détériore, et plus personne ne veut les financer (risque sur la liquidité); cette perte de confiance existe également entre les banques, qui ne se prêtent plus entre elles et déposent leurs excédents de cash à la BCE (200 Mds début octobre en dépôt).

Les banques, particulièrement celles sans activité de dépôt ou avec des dépôts insuffisants, rencontrent des difficultés à se financer, comme fin 2008 :

La BCE se trouve donc dans l’obligation d’assurer la liquidité des banques, soit en prêtant à court terme à taux fixe, soit en reprenant à son compte par rachat des créances de banques auprès des états.

 En parallèle de ces mesures de nombreuses voix s’élèvent pour demander une recapitalisation des banques afin d’anticiper le risque d’insolvabilité, c’est-à-dire un renforcement de leurs fonds propres, afin de résister aux pertes probables sur les dettes publiques ; cette recapitalisation se fera :

  • par une augmentation des résultats non distribués, grâce à une réduction des bonus distribués en fin d’année aux salariés de la banque et à ses dirigeants.
  • par une réduction de la distribution des dividendes (lorsque la banque fait des bénéfices),
  • par une augmentation de capital (s’il se trouve des actionnaires pour accepter d’y souscrire)

Pour mémoire les banques européennes ont déjà augmenté leurs fonds propres de 420 Mds depuis 2008.

 En conclusion :

Les banques sont confrontées depuis plusieurs semaines au risque sur leur liquidité, que les acteurs privés ne veulent plus assurer du fait des risques de perte sur les prêts faits aux états.

Elles vont être confrontées dans quelques mois à la nécessité de constater en perte une partie de leurs prêts aux états, et de se recapitaliser ; en fonction de l’ampleur des pertes elles réussiront ou non à se recapitaliser sans faire appel à des fonds publics.

 Ainsi alors que les nouvelles difficultés des banques sont la conséquence directe des difficultés financières des états, c’est peut-être le pyromane (les états) qu’on appellera pour éteindre le feu !!

Le problème c’est que la situation financière des états ne leur permet pas d’intervenir massivement pour venir au secours des banques, sauf pour quelques-uns, comme l’Allemagne.

Les discussions au sein de l’Union Européenne opposent les états en faveur de la solidarité européenne (ceux qui en ont besoin pour faire rembourser une partie de leurs dettes par les autres) et ceux qui sont pour une approche nationale (les pays comme l’Allemagne qui n’ont pas envie de payer pour les autres !!).

 Suite au sommet du 26 octobre les banques vont devoir constater en perte dans leurs comptes 50% de la valeur des prêts consentis à la Grèce, soit environ 100 Mrds d’€.

Elles vont devoir également procéder à des augmentations de leurs fonds propres pour plusieurs Mds chacune ; les banques françaises ont annoncé avoir la capacité de faire sans appel à des fonds publics.